Transmission Oberkampf

  

NUIT BLANCHE

 

Ce parcours artistique nocturne propose aux Parisiens une redécouverte de leur propre ville à travers des lieux prestigieux, d’autres abandonnés, insolites, parfois présentés sous un angle inhabituel, ou un éclairage particulier. La manifestation se déroule du samedi 5 octobre 2002 à 19 h 30 au dimanche 6 octobre à 8 h 00.

 

TRANSMISSION OBERKAMPF

 

Ce travail est une oeuvre-processus. Elle se déroule en plusieurs temps et implique cent habitants de la rue Oberkampf. Ces derniers sont moins des transmetteurs d’informations que des transmetteurs de liens. L’oeuvre est constituée de modules de morse-lumière (petits boîtiers électriques), installés aux fenêtres des participants (les abonnés), au sein de la rue Oberkampf. Ces modules sont chacun autonomes et composent un programme pré-enregistré sur une mémoire électronique. Ils déclinent chacun un mot choisi par la personne émettrice.

 

Pendant cette opération la rue est rendue piétonne et les lumières publiques sont éteintes.

 

Cette oeuvre-processus apparaît comme un diffuseur de lien, lien social et lien géographique. Elle a pour ambition de réunir une communauté autour d’un objectif collectif et de s’inscrire dans la mémoire des habitants du quartier. Elle doit ainsi contribuer à la constitution d’un sentiment d’appartenance et d’une histoire commune.

 

De plus, par le biais de la prospection effectuée par les agents puis par le jeu du bouche à oreille, c’est bien au-delà du cercle des seuls abonnés, participants actifs au processus, que la connaissance et les informations sur l’oeuvre se diffusent.

 

DISPOSITIF-PROCESSUS

 

1er temps du processus (juin-juillet) : réunions et mise en place de plusieurs équipes d’agents de prospection. Ces équipes, composées d’agents stagiaires, sont chargées d’aller à la rencontre des habitants de la rue, les abonnés potentiels. Des « avis de passage » sont disposés dans chaque hall d’immeuble. Les « agents » sont munis de cartes « Ouest-Lumière », ce qui officialise leurs interventions. Les abonnés ont la possibilité de choisir le mot qui sera diffusé par leur module. Les équipes ont un plan de route et démarchent de manière non arbitraire tous les résidents du périmètre défini pour l’intervention.

 

2e temps du processus (septembre) : Les agents prennent rendez-vous avec chacun des abonnés afin de préparer la disposition des modules.

 

3e temps du processus (septembre) : pose de chacun des modules chez les abonnés déclarés. Chaque module est installé et branché par les agents avec l’accord de l’abonné.

 

4e temps du processus (nuit du 5 au 6 octobre 2002) : entrée en action du dispositif visuel. De petites lumières clignotent en morse aux fenêtres de chacun des habitants volontaires.

 

5e temps du processus (3-4 jours suivant la Fête) : récupération des modules chez les abonnés par les agents. Un certificat de Ouest-Lumière est délivré à chaque abonné.

 

PRODUCTION

 

La production est un élément fondateur d’Ouest-Lumière. Elle ne se résume aucunement, contrairement aux apparences, à ce que l’on perçoit de ses résultats. Nous avons ici affaire à un système de production en fonctionnement permanent (jour et nuit). Les machines de Ouest-Lumière font oeuvre et tournent en permanence. Elles nécessitent pour cela un personnel qualifié. La production est le moteur de l’activité de Ouest-Lumière. Sans elle, tout s’oublie. Dans ce contexte, il faut penser le positionnement de l’ouvrier-artiste comme situation en phase avec un processus de production : « c’est un travailleur uni aux autres travailleurs dans des rapports sociaux utiles et qui tient compte de ce qui est productible ». L’outil de production, dont il est maître, est résistant et permet à son corps de ne pas plier, notamment face aux nouveaux modes de production culturelle.

 

Bodybuildé mentalement et physiquement, il est en mesure d’affronter le nouveau contexte de la production : celui de l’hypercapitalisme. Face à cet « État » de fait, il peut prétendre accéder au statut d’hyperprolétaire productif. Si, comme le signale Marx, c’est la production qui crée le besoin, alors Ouest-Lumière, en produisant continuellement, peut favoriser un renversement des consciences en échappant au contrôle de la production culturelle de masse.

 

DISTRIBUTION

 

La distribution d’Ouest-Lumière désigne la relation entre son unité globale et la pluralité des projections énergétiques qui sont transmises par elle. C’est une lame de fond à mouvements alternatifs. Elle allie l’organisation à la division des tâches. Elle est empreinte d’une vocation publique. Elle permet de diffuser les messages de l’entreprise fictive. La distribution de Ouest-Lumière est avant tout d’énergie. Elle exige un récepteur. Ouest-Lumière a pour vocation de transformer les récepteurs en acteurs qui doivent prendre en charge par la suite une part de l’entreprise. Étant donné qu’ils ne reçoivent pas ce que Marcel Mauss nomme des charges « économiquement utiles », ils ne peuvent devenir acteurs que sous la forme du volontariat. La valeur d’échange est évacué au profit d’une grosse dépense d’énergie bénévole. Un contrôle qualité de l’énergie distribuée est régulièrement effectué dans l’espoir d’éviter au maximum les erreurs de distribution. Ce contrôle est pleinement artistique. Il permet de vérifier que bon usage est fait de la richesse énergétique.