Tracks - Art Entreprise - Chef-d'œuvres en boîte

Un reportage de Sophie Peyrard

Article paru le 7 octobre 2010

L'entreprise et la vie d'artiste, deux concepts opposés ? Pas dans le monde parallèle des entreprises critiques, ces entités hybrides qui mêlent l'art aux costars-cravates.


Ouest Lumière
Ils sculptent des organigrammes et transforment les conseils d'administration en performance, les PDG artistes mettent l'entreprise en boîte. Exécution.

"Ouest Lumière" ne rigole pas avec l'espionnage industriel. Avec deux cent cinquante sept actionnaires et plus de cent mille abonnés à travers le monde, les enjeux sont monstrueux. L'entreprise a lancé en 2006 une vaste campagne publicitaire sur trois ans au Rajasthan. En France, plus de quatre mille affiches vantent les bienfaits de la compagnie. 
Récemment, "Ouest Lumière" a profité du krach boursier pour récupérer les bureaux de Lehmann Brothers à Manhathan. Son président Yann Toma a même été reçu au siège de l'ONU à New York.


En 91, Yann Toma réactive la société "Ouest Lumière" et rachète ses locaux laissés à l'abandon depuis 46 avec la nationalisation de l'électricité en France. Son objectif : créer une entreprise artistique. Car "Ouest Lumière" a tous les attributs d'une multinationale sauf qu'elle produit de l'art. Une façon pour l'artiste PDG Yann Toma d'exercer un regard critique et cynique sur l'un des fondements sacrés de nos sociétés modernes : l'entreprise.
C'est dans une cave parisienne aux allures de bunker que Yann Toma a installé son quartier général d'où il dirige les activités de "Ouest Lumière".


Contrairement aux apparences, Yann Toma ne s'est pas pris les doigts dans la prise. Sa firme se déploie inlassablement. Elle propose à ses abonnés de faire rejaillir l'énergie artistique présente en chacun de nous grâce à des séances de flux radiants.

Les entreprises artistiques ont leur bible écrite en 2008 par l'artiste-chercheur Yann Toma et leur messie : Iain Baxter. En 66, l'artiste canadien fonde la "N.E. Thing Company", trois ans plus tard, le journal officiel de Vancouver inscrit la société dans ses registres et fait entrer pour la première fois le geste artistique dans le monde des affaires. Depuis, des dizaines d'artistes exploitent le filon.